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Conseil de Quartier

Une artiste exaspérée par les normes et les délais de la Ville 

L’artiste et entrepreneure Esther Garneau, qui a récemment déménagé sa galerie d’art dans le Vieux-Québec, s’est vu refuser l’affichage de son commerce en raison des normes de protection du patrimoine et du zonage.

Par Alexandre Morin 

Installée depuis le 1er mars sur la rue Saint-Louis, dans le Vieux-Québec, la galerie d’art de Mme Garneau se voit refuser par la Ville de Québec toute possibilité d’affichage, que ce soit une enseigne sur la rue ou des affiches en vitrine.

L’enjeu repose sur la taille de l’affiche de la commerçante, qui ne respecte pas les dimensions autorisées par la Ville en raison de la réglementation en vigueur. Son atelier étant situé dans une zone résidentielle à usage commercial, et non dans une zone strictement commerciale, les règles d’affichage y sont plus contraignantes.

Affiche de 23×36 pouces qu’Esther Garneau, artiste peintre, souhaite installer devant sa galerie d’art, dépassant la limite autorisée de 12×24 pouces.

La Ville n’autorisant qu’une affiche de 12×24 pouces pour son commerce, celle de Mme Garneau, qu’elle utilisait lorsqu’elle exerçait sur la rue Saint-Jean, dépasse cette limite avec ses dimensions de 23×36 pouces.

Mme Garneau affirme que le commerce précédent disposait d’une affiche plus grande que la norme en vigueur lorsqu’elle a pris possession du local.

« Je comprends qu’on ne peut pas avoir de gros éclairages comme si on était à Las Vegas […] Je demande juste de mettre ma petite pancarte que j’avais sur Saint-Jean ». 

Esther Garneau

Le caractère patrimonial du quartier intensifie le cadre réglementaire encadrant les activités des commerçants du secteur.

L’entrepreneure déplore également les délais associés à chacune de ses demandes auprès de la Ville ainsi que le fardeau imposé par la complexité des normes et règlements municipaux.

« Quel entrepreneur peut attendre si longtemps avant d’avoir ses réponses ? » 

Esther Garneau

« Ils ont 500 millions de milliards d’articles 0.32, 0. bla bla, comment on se retrouve là-dedans ? », ironise-t-elle pour souligner l’intense réglementation municipale. « La réglementation est trop difficile pour réussir à mener un projet ». 

« Je veux juste mettre mon affiche pour être capable, en tant que commerçante, que les gens sachent où je suis. Et là, le processus est long et fastidieux ». 

Malgré sa demande de dérogation auprès de la Ville, les autorités municipales ont catégoriquement refusé, laissant Esther Garneau dans l’impossibilité d’afficher son commerce.

Ironie du sort, l’affiche de la commerçante est en réalité une enseigne restaurée d’une ancienne bonbonnerie de la rue Saint-Jean, vieille de plus de 60 ans. Un paradoxe qui rend l’argument de la protection du patrimoine d’autant plus discutable, puisque l’affiche elle-même fait partie de l’histoire du quartier.

La Galerie Zen, boutique et atelier de l’artiste peintre Esther Garneau, située au 52 rue Saint-Louis, propose une collection de 250 œuvres à découvrir.

Difficile pour les commerces 

En plus du télétravail, qui a réduit la présence des travailleurs dans les quartiers centraux, Mme Garneau reproche à l’administration Marchand d’avoir compliqué l’accès au centre-ville, affectant ainsi la fréquentation des commerces.

« Toutes les artères, c’est rendu difficile. Ils ont bloqué Buade d’un sens, beaucoup de sens uniques ont été ajoutés, ce qui rend l’accès au Vieux-Québec très compliqué », affirme-t-elle. « C’est difficile de se stationner, et si tu te stationnes, ça coûte très cher », ajoute-t-elle.

« Les gens ne veulent plus venir en ville ». 

Esther Garneau

« Le maire aime bien se comparer à d’autres places, dire qu’à d’autres places tout est cycliste, tout est à pied, qu’il n’y a pas d’accès à la voiture, mais je suis allé à Naples aussi, aux États-Unis, où il y a une superbe rue qui ressemble à la rue Saint-Jean ici. Il y a des stationnements accessibles sur plusieurs étages, gratuits. C’est beau, c’est chic, tu arrives là, tu te sens bien, ce n’est pas tout bloqué partout ! », illustre-t-elle pour montrer que la Ville pourrait envisager d’autres solutions pour faciliter l’accès au centre-ville et que certaines villes choisissent de favoriser la cohabitation avec l’automobile.

« Le problème principal dont tout le monde me parle c’est vraiment que l’accès est difficile ». 

Esther Garneau

L’artiste souligne aussi la baisse notable de la clientèle américaine dans son commerce dans les derniers mois. 

Taxes 

En plus des mesures en matière de mobilité qui nuisent à l’accès à son commerce, l’artiste de Québec souligne également l’étau des taxes municipales sur la vitalité de son entreprise.

« Leurs taxes sont rendues tellement élevées, c’est infernal », exprime-t-elle. « On reçoit notre bill de taxes d’une année à l’autre […] on a tout le temps la tête sur la bûche ».

Elle raconte avoir quitté son ancien local sur la rue Saint-Jean en raison d’une augmentation de loyer de près de 900 $ par mois, attribuée aux taxes.

Culture 

Pour Esther Garneau, ces obstacles finiront par nuire aux artistes locaux qui fabriquent leurs œuvres à Québec et proposent une expérience artistique authentique, au profit de commerces axés sur la vente de produits touristiques importés.

« Moi, quand les touristes entrent et qu’ils réalisent qu’ils parlent avec l’artiste, ils ont des étoiles dans les yeux », explique-t-elle, soulignant l’importance des boutiques locales artistiques dans le Vieux-Québec.

« Qui est capable, en tant que petite entreprise, de fabriquer ici et de rester plus d’un an ? », ajoute-t-elle. Elle fabrique d’ailleurs ses œuvres directement dans sa boutique, qui abrite également son atelier.

Entre les restrictions d’affichage, la complexité des règlements municipaux et les enjeux d’accessibilité, Esther Garneau estime que l’administration actuelle complique la vie des commerçants. « Tout a changé […] j’ai l’impression que l’autre administration était plus pour le développement touristique », remarque-t-elle.

Alors qu’elle souhaite simplement faire connaître son commerce et attirer une clientèle locale et touristique, elle se heurte à des règles strictes et à des délais qu’elle juge excessifs. 

« Dans la façon dont ils proposent les programmes et tout, c’est moins bon pour les touristes, l’économie locale et nous, les commerçants », conclut-elle, espérant une plus grande ouverture de la Ville envers les petites entreprises du Vieux-Québec.

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